«Je pense à ces clameurs lamentables qui dans les civilisations primitives accompagnaient chaque soir la mort de la lumière, et elles me paraissent tout d’un coup si fondées que je me prépare à entendre dans mon dos toute la ville éclater en sanglots.»

Nicolas Bouvier – L’usage du monde 

Dans cette série, interroger la communauté des hommes à travers l’abri et l’habitation revient à questionner le sensible en tant que lieu d’échange, de soi à l’autre, de l’ici à l’ailleurs, d’un rapport au monde en général. À l’heure d’une mondialisation induite par le développement de la mobilité banalisée, d’une course au confort suréquipé, du tout connecté, est-ce que nos corps feront encore l’expérience de l’atmosphère ?

La figure de l’Errant vient de loin. Nous sommes les enfants de ces premiers hommes poussés par la curiosité ou par la contrainte, qui ont foulé le sol des continents. «Errare humanum est», ce n’est pas tant que l’erreur est humaine c’est l’errance qui est humaine.
En route, en chemin, c’est une invitation à entrevoir et questionner les vies en bord de monde, celles des entre-deux, des frontières et des côtoiements. Parcourir ces extra-territoires tend à rendre sensible l’idée de commune humanité, une résonance d’âme à âme.

Vagabonds, nomades, arpenteurs des chemins de traverse, jardiniers des possibles, ceux qui tentent de se réinventer mus par une poignante vitalité éclairent le monde d’une poésie.
Esthétique du peu, du frugal, du dénuement, du dépouillement, ils possèdent peut-être l’essentiel : le temps et l’espace ?